Stéphanie Sorieul, les mains dans le cambouis, la tête dans la recherche

« C’était en classe de Seconde, explique Stéphanie Sorieul. Cette année-là, j’ai eu une professeure de physique incroyable. Puis il y a eu ce hors-série de Science et vie consacré à la physique des particules. J’y ai vu pour la première fois des photos des installations du CERN et cela m’a tout de suite fasciné. A partir de là, j’ai voulu travailler en physique. » Et pas n’importe quelle physique : celle des particules. Et pas n’importe comment : en ayant les mains dans le cambouis, dans les boulons, au contact des grands instruments. Aussi, après le bac, elle entre à l’université d’Orsay : « j’aurais aussi pu aller dans une grande école mais l’idée d’en passer par une classe préparatoire m’a rebutée. J’avais envie d’autonomie et d’une liberté suffisante pour me permettre d’aller au fond des choses. »

En thèse, entre 2000 et 2003, elle travaille pour l’ANDRA sur le stockage des déchets radioactifs à haute activité et poursuit en post-doc à Saclay, cette fois sur les réacteurs de 4e génération. « Cela ne veut pas dire que je sois une pro-nucléaire. Pour moi, il y a une grosse différence entre les questions politiques et scientifiques posées par le nucléaire. » Après 5 ans passés sur la thématique, elle espère obtenir un poste mais non : on lui fait comprendre qu’elle n’a pas le bon cursus. Elle vient de l’université, pas d’une très grande école. Elle n’est pas assez classieuse pour être recrutée.

Du coup, Stéphanie se retrouve au chômage. Pendant un an, elle doute, manque de rentrer dans une société de service et trouve un post-doc au dernier moment, cette fois sur les piles à hydrogène. Un collègue lui parle d’un poste au CNRS de Bordeaux. Elle n’y serait pas chargée de recherche mais ingénieure de recherche et s’occuperait de l’aspect technique de la recherche en gérant un accélérateur de particules : « c’était tout ce que j’avais toujours voulu ! Les mains de cambouis et la tête dans la recherche, » et non dans la paperasse. Car contrairement aux chargés de recherche qui passent un temps croissant à remplir des dossiers pour obtenir des subventions, les ingénieurs de recherche se consacrent à temps plein à leurs recherches. « Et c’est passionnant car comme l’accélérateur de Bordeaux sert à analyser tout type de matériaux, je travaille avec des chercheurs de toutes les disciplines, parfois sur l’analyse de verres datant du néolithique, parfois sur la vérification de cibles utilisés dans les lasers à haute puissance. »

Seule femme de son équipe, elle est celle qui règle physiquement l’accélérateur et gère la plateforme au quotidien. Un poste à responsabilité qu’à 39 ans, elle occupe depuis 8 ans. « Les gens s’étonnent parfois de trouver une femme de moins de 40 ans à ce poste. Si j’avais été un homme, ils n’y penseraient même pas. »

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3 réflexions au sujet de « Stéphanie Sorieul, les mains dans le cambouis, la tête dans la recherche »

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  2. Toupaie

    Effectivement, une femme, qui plus est jeune et accessoirement pas totalement moche et/ou masculine, n’est PAS sensée mettre les mains dans le camboui. A ma modeste échelle (mon chromatographe-spectro de masse est un petit joujou à côté d’un accélérateur à particules), j’ai droit à des cris effarés lorsque je démonte la machine pour effectuer sa maintenance
    « Mais?! qu’est-ce que tu fais?! »
    « je nettoie la masse »
    « mais mais?! tu sais faire ça toi? »
    « ben oui, regarde, là il y a la ligne de transfert que j’ai démontée, avec la colonne qui arrive dans la chambre de ionisation, tu vois c’est tout encrassé autour du filament, le signal n’est plus bon du coup. »
    « ha, bon, hein, tu fais attention, casse pas la machine avec ta clef… à pipe hahaha  »
    « c’est une clef Allen -_-« .
    Venant de la personne qui a cassé la machine quelques semaines plus tard en essayant de déssolidariser 2 modules sans dévisser les fixations, ça fait bien rire…. jaune.

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