Stéphanie Daumas et les neurones bilingues

Fille d’institutrice, Stéphanie Daumas se destine tout d’abord à l’enseignement en collège et lycée. Elle suit des études de biologie à Nice et découvre en maîtrise les neurosciences. Le sujet la passionne. Alors elle change de voie et entame un cursus à Toulouse où, en thèse, elle travaille sur la mémoire contextuelle des souris. « Il existe plusieurs types de mémoires à long terme, explique-t-elle. L’une est sémantique, représentant la connaissance globale, le savoir. L’une est épisodique, unique à chaque individu, fruit de l’expérience. » C’est dans cette deuxième catégorie que se trouve la mémoire contextuelle, qui associe les différents éléments de l’environnement captés par les organes des sens pour en faire une représentation unique.  Lors sa thèse, Stéphanie Daumas  montre qu’une certaine région cérébrale (le CA3 de l’hippocampe) est impliquée dans l’acquisition de cette mémoire, mais pas dans son rappel.

Elle rend son manuscrit une semaine avant d’accoucher de son premier enfant et soutient sa thèse deux mois plus tard. Elle file ensuite en Ecosse pour un post-doc dans le laboratoire du Professeur Richard Morris, récipiendaire du Brain Prize 2016. « J’ai passé mon entretien d’embauche enceinte et cela n’a posé aucun problème. »  Sur place, elle travaille sur des « souris Alzheimer » et étudie l’apparition des déficits de mémoire précoces : « Nous avons ainsi pu montrer que les premiers troubles de la mémoire apparaissent, chez les souris malades, 2 ou 3 mois avant l’apparition des plaques amyloïdes. » Ils seraient causés par la libération dans le milieu extracellulaire  de la protéine soluble, et non par la formation des plaques amyloïdes.

En 2009, elle obtient un poste de maître de conférence à Paris 6 où elle étudie maintenant des neurones très particuliers, découverts il y a environ 15 ans et capables de sécréter deux substances aux effets antagonistes : le glutamate, neurotransmetteur excitateur et avec un autre neurotransmetteur inhibiteur. « Cette trouvaille a été une surprise car cela remettait en question le dogme un neurone, un neurotransmetteur que l’on enseigne depuis des décennies. On pensait en effet que les neurones étaient soit excitateurs, soit inhibiteurs et ne sécrétaient que l’une ou l’autre de ces substances. » De fait, ces neurones bilingues soulèvent quelques questions quant à leur fonction. « Nos recherches publiées en 2015 suggèrent que ces neurones pourraient avoir un rôle protecteur contre l’addiction. Mais ce n’est que le début, nous sommes à l’heure actuelle sur d’autres pistes qui me ramènent à mes premiers amours. »

Stéphanie Daumas est aujourd’hui co-directrice de son équipe de recherche. Non sans l’aide de son conjoint (lui aussi chercheur) qui lui a permis de mener de front sa carrière et sa vie de famille. « Il m’a suivi à chaque nouvelle affectation, explique-t-elle. Des deux carrières, on a pour le moment privilégié la mienne. »

 

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