Pourquoi ce blog ?

«  J’ai plus de respect pour une pute* que pour une journaliste. » Ça, c’était pendant mon pot de départ, le jour où j’ai quitté le monde de la recherche pour plonger dans celui du journalisme scientifique. La phrase sortait de la bouche poilue d’un ponte avec qui j’avais passé des heures à discuter science. Il l’avait dit comme ça, juste après avoir lorgné mon décolleté. Furtivement. Sur le moment, je me suis dit que les deux événements devaient être liés et que si j’avais été un homme, cette vision tapineuse du journalisme ne lui serait pas montée du pantalon aux neurones.

Ma réaction ? Nulle. J’ai dû hausser les épaules, regarder mes pieds, rougir, remuer les lèvres sans émettre le moindre son et/ou filer à l’anglaise. Tout cela pour ne surtout pas être cataloguée comme une « féministe casse bonbon ». Catégorie que j’avais appris à fuir avec autant de discipline que celles correspondant à la « promotion canapé » (tout dans le fessier), la « plante verte » (rien dans la tête) ou la « superficielle » (rien dans la tête, tout sur la face). Il me fallait être la plus neutre, la moins sexée possible, pour ne pas éveiller chez mes confrères un quelque chose de l’ordre du soupçon. C’était inconscient mais bien présent.

Bizarrement, ce petit moment de solitude m’est revenue en mémoire lorsqu’en juin 2015, j’ai entendu parler du trait d’humour (?) de Tim Hunt, prix Nobel de médecine en 2001 : « Les femmes en science, vous tombez amoureux d’elles, elles tombent amoureuses de vous et quand vous les critiquez, elles pleurent. » C’était insultant. Insultant pour toutes ces femmes brillantes qui avaient contribué à l’avancée de la science tout en supportant les remarques et parfois la bêtise de leurs collègues masculins. Aussi, quand Sophie-Héloïse (alias La Grande Alice) m’a parlé de son idée de blog sur les moments de solitude des femmes scientifiques, j’ai tout de suite accepté.

Et nous avons commencé à contacter des femmes scientifiques pour leur demander de raconter quelques moments de solitude. Sans surprise, les anecdotes ont plu comme eau sous la douche. Pour autant, peu d’entre elles ont d’emblée accepté de témoigner à visage découvert. La peur d’être cataloguée « féministe casse bonbon » et/ou jugée pour avoir tout simplement abordé le sujet reste présente, y compris chez des femmes de science qui n’ont plus rien à prouver.

Dans ce blog, nous raconterons avec des dessins ou des mots ces moments de solitude des femmes scientifiques. Dans la mesure du possible, nous rattacherons ces instants à des parcours, pour démontrer que ces situations ne touchent pas que les furieuses « féministes casse bonbon »,  les jeunes et jolies « promotions canapé », les silencieuses « plantes vertes » ou les « superficielles » qui si souvent varient. En outre, nous en profiterons pour présenter certaines des grandes femmes de la science d’aujourd’hui ou d’hier.

Viviane Thivent

* Désolée pour la grossièreté du terme mais c’est celui qu’il a choisi à l’époque.

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